Voitures connectées et autonomes:
comment profiter de la disponibilité du conducteur ?

25 01 2018

Le 13 décembre dernier, Renault a annoncé son entrée à hauteur de 40 % dans le capital du groupe de presse Challenges. Lors de cette officialisation, le PDG du groupe automobile Carlos Ghosn a justifié cette prise de participation — une première du genre en France — par sa volonté de maîtriser les contenus qui seront vendus à bord de la voiture autonome. « Le prochain sujet de l’industrie automobile, c’est le contenu. Soit on le prend chez un autre, soit on s’y intéresse nous-mêmes... Ce qu’on ne veut pas, c’est fabriquer des boîtes vides au profit d’autres acteurs », a estimé le dirigeant, cité par le quotidien économique Les Echos. Si l’on comprend, entre les lignes, que Renault ne veut pas produire des véhicules où les GAFA — Google, Apple, Facebook, Amazon — pourront distribuer en position de force leurs produits, cette stratégie rappelle également que les véhicules du futur seront, un jour, un lieu de vie pour ses occupants. 

Dans ce salon d’un nouveau genre, à la fois bureau alternatif et compartiment connecté, le conducteur deviendra à terme un passager comme les autres. Comment les marques peuvent se positionner dès maintenant sur ce créneau marketing du futur ?

Face à ces habitudes de consommation tranchées, les entreprises doivent s’adapter et convaincre dès maintenant. Par exemple, la question des données personnelles est à prendre en compte. « Si les plus de quarante ans doutent de la fiabilité du tout-technologique, les millenials sont préoccupés par ce qui sera fait de la data liée à leurs habitudes de conduite… Comme ils tiennent qu’il y ait une vraie contrepartie en l’échange de cette “perte” de confidentialité, il faudra leur apporter une prestation servicielle et personnalisée », analyse Karen Tartour.

Par exemple, la voiture autonome pourra mettre en lien l’ex-conducteur — déchargé de la conduite — avec des offres géolocalisées correspondant à ses attentes commerciales du moment. Industrie du loisir (films, séries, programmes, etc), shopping à distance, échanges avec les siens (sms, vidéos, etc), aide à la navigation… Des attentes semblables aux usages actuels permis par les smartphones. « Les professionnels auront des exigences supplémentaires, comme des connexions Internet permanentes, ou des outils capables de faire de la voiture un second bureau », poursuit la directrice du secteur automobile au sein de TNS Sofrès.

Enfin, l’autre enjeu, ce sera de proposer une expérience de qualité, sans baisse de prestation par rapport à la vie de tous les jours. « Dans les modèles connectés actuels, les systèmes embarqués déçoivent par rapport aux applications smartphones. Difficile de faire mieux que Waze en termes de fraîcheur d’information routière et de navigation… Les GAFA ont pris une longueur d’avance, mais elle n’est peut-être pas irrémédiable » remarque Karen Tartour. D’où probablement l’envie de Renault de se lancer dès aujourd’hui sur le terrain du « contenu »...

Si le « pay as you drive » séduit un nombre grandissant d’automobilistes, les assureurs vont devoir se positionner par rapport aux nouveaux usages permis par « l’autonomisation » progressive de la voiture. « Anticiper la baisse d’accidents sera vital, il faudra renouveler les produits proposés », estime Karen Tartour. On peut ainsi imaginer, par exemple, le développement de contrats d’assurance adaptés aux cas où l’usager utilise — prêt, location — une voiture autonome qui n’est pas la sienne. De tels contrats pourraient être activés automatiquement, dès l’installation de l’usager dans le véhicule. À condition que les usagers consentent à autoriser un accès à leurs données. Ce qui invite, décidément, à offrir des garanties de protection des données personnelles circulant entre le smartphone des usagers, le véhicule et les plateformes de services proposés dans l’habitacle. Les flottes connectées pourraient ainsi avoir un intérêt à se doter d’un éventail d’offres d’assurance et d’assistance complet. « Il faudra faire preuve de pédagogie et de rigueur… Et montrer que l’utilisation de ces data se fera en faveur du propriétaire du véhicule, par exemple sous la forme de prestations personnalisées », conclut la directrice du secteur automobile au sein de TNS Sofrès.

 

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